Exclusivement Sénégalais pour être Président ? Une clause à revisiter à la lumière de notre histoire et de notre avenir commun
I. Leçon d’histoire : quand le pouvoir venait d’ailleurs
Dans les traditions précoloniales, l’autorité politique ne s’ancrait pas dans une définition rigide de l’ »origine nationale ». Bien au contraire, nombre de fondateurs de royaumes sénégalais étaient issus de mouvements migratoires, intégrés par des alliances politiques, spirituelles ou militaires.
L’exemple le plus emblématique est celui de Mansa Waly Dione : ce prince issu du royaume du Gabou, situé dans l’actuelle Guinée-Bissau, traversa les frontières pour fonder au XVe siècle le royaume du Sine, après avoir conquis la confiance des peuples sérères. Il ne fut pas un usurpateur, mais bien l’architecte d’un pouvoir légitime, enraciné dans l’histoire du Sénégal.
Ce cas n’est pas isolé : dans le Fouta Toro, le pouvoir Almamy fut influencé par des figures extérieures comme Karamokho Alpha et des lettrés venant de diverses régions. Le Walo et le Cayor ont également connu des lignées royales aux origines multiples.
II. Une diaspora riche, mais bridée
Aujourd’hui, plus de 2 millions de Sénégalais vivent à l’étranger, dont beaucoup sont devenus binationaux par les hasards de l’histoire ou les nécessités de la mobilité. Ce sont des médecins, ingénieurs, entrepreneurs, artistes, professeurs, souvent porteurs d’une double culture et d’un engagement profond envers leur pays d’origine.
Et pourtant, cette richesse humaine reste écartée de la fonction présidentielle à cause d’une clause rigide. Faut-il rappeler que les Sénégalais de l’extérieur ont désormais des députés ? Pourquoi ne pas leur permettre de concourir à la présidence, avec les mêmes exigences d’éthique et de compétence ?
III. Distinguer souveraineté et fermeture
L’exclusivité de nationalité est censée protéger la souveraineté du Sénégal. Mais la véritable souveraineté démocratique ne se fonde-t-elle pas sur la capacité à choisir librement les meilleurs profils, quels que soient leur lieu de naissance ou leur statut administratif, dès lors qu’ils prouvent leur loyauté, leur intégrité et leur vision pour le pays ?
Des pays comme le Bénin, le Cap-Vert, le Sénégal lui-même dans certaines fonctions, permettent à des binationaux de servir l’État. Le danger n’est pas dans la double nationalité, mais dans l’absence de garde-fous éthiques, quels que soient les profils.
IV. Vers une évolution constitutionnelle équilibrée
Ce débat mérite d’être posé dans le cadre du Dialogue national sur le système politique, et pourrait aboutir à des propositions concrètes :
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Autoriser les binationaux à se présenter à la présidence, à condition de résider depuis plusieurs années au Sénégal, de renoncer temporairement à leur autre nationalité pendant le mandat, et de passer des contrôles renforcés de loyauté institutionnelle.
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Lancer une campagne de sensibilisation sur les apports positifs de la diaspora et la reconnaissance de leur citoyenneté pleine et entière.
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Créer un statut de « citoyen politique sénégalais », basé sur l’attachement au pays, et non sur un acte administratif.
Conclusion
Interroger cette clause constitutionnelle, ce n’est pas trahir le Sénégal. C’est au contraire honorer son histoire, intégrer sa diaspora et préparer son avenir. Comme jadis Mansa Waly Dione, des fils et filles du pays, venus d’horizons divers, peuvent aujourd’hui contribuer à écrire une nouvelle page de leadership. L’heure est venue d’ouvrir les portes du possible.



